02.03.2008

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Il était une fois, dans un pays lointain et un avenir radieux, une petite fille qui s’ennuyait du monde. Elle s’amusait toujours beaucoup avec elle-même, mais elle supportait de moins en moins les autres hommes. Elle savait pourtant que ce n’est pas très éthique de détester un être vivant parce qu’il appartient à une espèce particulière. On lui avait déjà répondu que l’habit ne faisait pas le moine, que l’homme est un animal social ou que qui vivrait verrait. Mais elle ne se sentait pas particulièrement exceptionnelle, pas supérieure non plus. Seulement, elle devait toujours faire semblant, elle se forçait toujours, dans tout moment de chaque relation ; le temps d’oubli de soi, les périodes de désinvestissement critique devenaient de plus en plus réduites. Et elle ne supportait plus l’analyse continuelle, la projection perpétuelle du passé et du présent dans des schémas, remontant aux causes du désastre.

Consommé, achevé, fini, détruit, clos définitivement, terminé, arrêté, cessez !

Elle ne voulait plus voir personne. Les relations humaines lui paraissaient décevantes, personne n’est prêt à comprendre l’autre. Elle refusait obstinément de sortir de son monde, de son système morbide ; le vôtre, non merci, pas pour elle. Elle s’amusait à penser des choses effrayantes, inavouables, mettant toute la violence, toute sa haine comme des nuages dans son esprit. Elle riait de cette liberté, et les gens s’étonnaient de ce rictus. Défigurée par cette joie nouvelle, elle entreprit de s’appesantir sur chaque possible de la pensée, et se rendit vite compte qu’elle tournait en rond comme un laid poisson de bocal. Elle se disait qu’elle préférait rester dans l’erreur toute sa vie, plutôt que de se compromettre. Rien de ce que vous faites n’a d’importance. Vous préférez l’ignorer.
Chacun sera jugé en son temps. Mais elle ne pouvait s’empêcher de ne pas comprendre les choix des autres.

pauvre gamine, exigeante, colérique, capricieuse plutôt, étouffante aussi.

Il lui faudra inventer une nouvelle vie. Elle sombrerait peut-être dans la folie. C’est pourquoi elle décida de tenir un journal. Oui, laisser quelque chose, toujours un vieux reste de vanité là-dessous.

« Ha, tu sais bien mon cher journal qu’il ne faut pas prendre la vie au tragique. Regarde-toi, promis au néant de mon disque dur d’ici quelques instants POMME S je t’enregistre, pauvre petite chose, tu ne voulais pas vivre toi non plus, et maintenant tu te traînes sur le sentier douloureux, bordé de harpies et de faux semblants, tu erres, abîmant tes souliers, depuis longtemps, alors qu’il faut danser. Sur la pointe des pieds, les yeux dans les étoiles toujours, je laisse aux autres le caniveau. Ils disent que c’est impossible, la solitude. Enfin, je veux. »


Le schéma : sacrifier du plaisir à des illusions. Elle croyait avoir compris. Elle n’avait plus d’illusion, croyait qu’on pouvait vivre sans illusion. Considérer la vie comme un vaste terrain d’expérimentation, puisque nous n’en avons qu’une, bien sûr nous pouvons vouloir la tenter comme tous les autres l’ont fait, parce que ça ne doit pas être si dégueulasse puisque tant de gens ont opté, optent et opteront pour cette option. Même si elle devait y perdre tous ses « mais ».